Le Paris des chefs en bref

Comme annoncé précédemment, un petit compte-rendu du Paris des chefs, où je suis allée il y a 15 jours. Depuis 3 ans, cet évènement réunit en tandem  des chefs cuisiniers ou pâtissier avec des designers, directeurs artistiques, graphistes… autour d’un thème donné.
Cette année, le thème imposé à chacun était « Le visible et l’invisible« .
Tout d’abord, je remercie Nawal de m’avoir poussée à venir : je passe ma vie dans les transports en commun pour aller au boulot, et sans elle, je ne sais pas si j’aurais pris la peine d’aller jusqu’à Villepinte un dimanche pour un truc qui m’apparaissait comme de l’évènementiel un peu bidon, alors que j’étais bien crevée et que je serais bien restée à traînouiller à la maison.
Et alors, vraiment, vraiment, je n’ai pas regretté, et l’année prochaine, je tâcherai de mieux m’organiser pour assister aux présentations d’un bout à l’autre.

En résumé, j’ai assisté à la prestation de Yoshihiro Narisawa, restaurateur étoilé à Tokyo qui officiait avec Takanori Kakamura, directeur artistique et maître de thé ainsi qu’à celle de Sat Bains, restaurateur en Grande Bretagne avec le graffeur Steven Dilks.

Je parlerai simplement de nos deux officiants japonais, que j’ai trouvés époustouflants. Non seulement Takanori Kakamura nous a présenté la cérémonie du thé traditionnelle, mais Yoshihiro Narisawa nous a expliqué que son travail culinaire partait de l’idée de l’immangeable. Oui vous avez bien lu. Il s’inspire de ce qu’il voit autour de lui : charbon incandescent, terre détrempée par la pluie ou pierre de rivière et retranscrit ses émotions en plats minéraux, terriens ou volcaniques.
Son inspiration, au contraire de ce qui se fait actuellement, va à l’encontre de l’idée qui veut que « si c’est joli dans l’assiette, c’est forcément c’est bon ». Au contraire, ses recettes peuvent avoir un aspect rebutant pour qui ne sais pas aller au-delà des apparences


Il nous a présenté une soupe noire (dans les coupes sur pied, sur la photo), qu’il a qualifié de minérale, et aussi des biscuits, fait avec…des copeaux de bois. J’ai goûté les gâteaux, ils étaient très bons.

Concernant  Sat Bains et Steven Dilks, j’ai moins apprécié : pour représenter l’invisible, Steven Dilks, le visage masqué par une cagoule créait un graffiti en direct sur une grande toile qui masquait la moitié du plan de travail où le 1er chef de partie de Sat Bains préparait les plats. C’est une façon de respecter le thème qui tient la route, mais l’univers des graffeurs m’est trop étranger pour que ça me parle.

Je tiens à parler d’une intervention à laquelle je n’ai pas assisté, mais que Nawal m’a raconté à mon arrivée et qui m’a frappée, celle d‘Anne Coquet et Delphine Huguet. Elles ont tout bonnement cuit un lapin dans de l’argile : la bête était écorchée, sauf la tête, qui avait encore la fourrure et les oreilles. À la sortie du four, la tête du lapin était là pour rappeler que nous mangeons des animaux quand on mange de la viande ou du poisson.
Cette manière de faire rejoint mes interrogations concernant la répugnance de plus en plus grande des sociétés occidentales à manger des animaux dans leur forme.  D’aucuns diraient que c’est de la provocation, mais à mon sens, c’est plutôt un rappel à la réalité.
J’ai appris à vider les poulets et les poissons quand j’étais petite, je n’hésite pas à trucider des homards où des tourteaux et je m’étonne  chaque jour un peu plus de la difficulté à trouver sur les étals parisiens des lapins ou de volailles autrement qu’en morceaux prédécoupés,  et où l’achat d’un poisson avec sa tête et ses arêtes relève parfois de l’exploit. Ce n’est pas un caprice de ma part : une viande cuite avec les os, ou un poisson avec ses arêtes aura toujours plus de goût qu’un simple filet.
Je ne peux pas m’empêcher de penser que cela traduit l’éloignement de plus en plus grand de nos cultures envers la nature.
Vous trouverez le compte-rendu complet de cette intervention ici chez Nawal

Pour finir, je dirais juste qu’il y a eu de grands moments d’émotion dans la salle et pour ma part, j’ai été très contente de voir que mes interrogations de petite cuisinière sur le bon et le beau, le mangeable et le répugnant étaient partagés par ces cuisiniers et ces designers ou graphistes.
Je n’ai jamais assisté à un colloque universitaire, mais je trouve qu’à leur façon, les tandems réunis pour l’occasion faisaient aussi bien que des scientifiques ou des intellectuels pour s’interroger, à partir de la nourriture, sur les fondements de notre culture et de notre société

Bilan : à refaire, et plutôt deux fois qu’une.
Tout le programme et des informations sur le site Paris des chefs
Des comptes rendus-complets de toutes les interventions chez Nawal et Piment Oiseau
Merci aux organisateurs, qui ont même pensé à nous servir une petite collation en milieu de journée
Et bravo aux intervenants, qui ont su jongler avec les contraintes du direct : Takanori Kakamura comptait sur une livraison d’ingrédients qui n’est jamais arrivée, et nous ne nous en sommes pas aperçus , Anne Coquet et Delphine Huguet ont remplacé au pied levé Davis Zuddas, malade, et qui a donc annulé sa participation

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Une réponse to “Le Paris des chefs en bref”

  1. J’y étais aussi j’ai vu la même chose ^^